Mercredi soir à Colovray, face à Black Stars (19h30), Anthony Baron dirigera la défense nyonnaise. Dans dix jours, il portera le maillot de la Guadeloupe pour la troisième fois. L’international a un parcours atypique.

Par Dominique Montangero – La Côte

Noyée au milieu de la kyrielle de départs, son arrivée à Nyon est passée inaperçue. Cependant, Anthony Baron, 26 ans, a rapidement crevé l’écran, révélant ses qualités. Au bénéfice d’une technique sûre, d’un sens aiguisé du placement, efficace défensivement et parfait à la relance, il est devenu la clé de voûte du Stade Nyonnais «new-look».

Exigeant, le public de Colovray ne s’y est pas trompé, louant ses mérites, mais ignorant, comme ses coéquipiers qui ont appris l’information il y a une semaine seulement, que la nouvelle recrue nyonnaise est un international qui défend les couleurs de la Guadeloupe.

«Je pensais à une blague»

«En septembre, j’ai été appelé par Jocelyn Angloma, le sélectionneur de la Guadeloupe (ndlr: Angloma a porté à 37 reprises le maillot de la France) et je n’arrivais pas à y croire. Je pensais qu’un ami me faisait une blague et ce n’est qu’après quelques minutes que j’ai reconnu les intonations de sa voix», raconte Anthony Baron, qui côtoie, sous le maillot de la Guadeloupe, des joueurs évoluant dans la Liga espagnole – Beauvue (Celta Vigo), Foulquier (Getafe) – et en Ligue 1 française (Alphonse, Dijon).

Je suis à Nyon pour me montrer. Je n’ai pas encore enterré mes ambitions de jouer à un niveau supérieur.

Anthony Baron défenseur du Stade Nyonnais

Pas reconnue officiellement par la FIFA, la sélection dispute la Ligue des Nations de la zone Concacaf (Confédération de football d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes). «J’ai disputé mon premier match contre Aruba (0-0) puis, à Curaçao, où nous avons perdu 6-0. Je n’ai pas pu disputer le match suivant, contre La Martinique, car les dirigeants de mon club, qui était en danger de relégation, ne m’ont pas libéré», se souvient le néo-Nyonnais.

Il ajoute: «Jouer pour la Guadeloupe est une fierté pour moi et pour ma famille. A Nyon, les dirigeants se sont engagés à me libérer pour les matches de ma sélection et je vais partir du 3 au 12 septembre pour disputer deux rencontres. La première le 7, en Guadeloupe contre Saint-Martin, et la seconde aux Îles Caïmans, le 10.»

Un break de dix-huit mois

Avant de connaître les honneurs de la sélection, le natif de Villepinte (Seine-Saint-Denis) a connu un parcours sinueux. Après ses débuts dans les clubs de Thorigny-sur-Marne et Vaires, une saison dans l’équipe M19 du PSG, Anthony Baron a mis le cap en 2010 sur la Gironde. «Je pensais que pour réussir, il fallait s’éloigner de la capitale. Je suis parti à Lormont en CFA2 (5e niveau du football français) mais cela ne s’est pas bien passé», glisse-t-il.

L’aventure se déroule mal, au point qu’il jette rapidement l’éponge. «J’en avais marre. J’étais un peu dégoûté et je n’ai plus joué pendant dix-huit mois. Je suis rentré sur Paris pour travailler et poursuivre mes études», confie le titulaire d’un BEP en restauration et d’un BAC Pro de commerce.

De retour sur les pelouses, il a évolué à Bourges Nord en DH (6e niveau), à Chartres, en CFA2 (5e niveau) avant de s’en aller tenter sa chance à Amiens, club de National (3e niveau). «On ne m’a jamais donné ma chance sous prétexte que j’étais trop petit pour évoluer au poste de défenseur central», explique le n°5 du Stade.

Nyon comme tremplin

En 2017, il a obtenu la promotion en National 2 (4e niveau) sous le maillot de Beauvais mais s’est engagé avec Saint-Pryvé/Saint-Hilaire qui fête sa promotion en National 2. Avec le club du Loiret, il a effectué, l’an dernier, un remarquable parcours en Coupe France, éliminant Troyes (Ligue 2) et ne s’inclinant que 0-2 face à Rennes (Ligue 1) en 16e de finale. «En club, ce parcours en coupe reste mon meilleur souvenir», déclare-t-il.

Convaincu par les discours des dirigeants et du coach nyonnais, Anthony Baron a débarqué à Nyon, dans une équipe en totale reconstruction, accompagné de son épouse, Fanny et de ses deux enfants, Alya (3 ans) et Tidyane (4 mois) «Avec ma famille, on se sent bien ici. Le groupe est un peu déçu par les résultats mais je ne m’inquiète pas», affirme le citoyen de Divonne-les-Bains.

«Tout le monde a envie de tirer l’équipe vers le haut et on est sur la bonne voie. Notre coach a un vrai projet de jeu et cela me plaît. Il attache beaucoup d’importance aux moindres détails et cela va me permettre de progresser encore car je suis à Nyon, en Promotion League, pour me montrer. Je n’ai pas encore enterré mes ambitions de jouer à un niveau supérieur», confie le Guadeloupéen.