Ado, il aurait dû être en chaise roulante. A 27 ans, Yannick Tachet est toujours debout. Et le coach du Stade Nyonnais II s’apprête à participer au triathlon de Nyon, dans dix jours.

par Gilles Leremois – La Côte

Le premier examen médical, vers l’âge de 10 ans, laisse ses médecins dubitatifs: ses tremblements viennent de nulle part. Deux ans plus tard, ses dérangements ne l’ayant pas lâché, il se soumet à une nouvelle batterie de tests et le diagnostic, même rare, est sans appel. Il souffre d’amyotrophie spinale. Sa maladie a pour conséquence principale une atrophie musculaire, la faute à des connexions neuronales imparfaites et à une communication pour ainsi dire absente avec son système musculaire.

«Vous devriez être en chaise roulante d’ici à vos 15-20 ans», assène le corps médical. «C’était vraiment dur, j’ai mis quelques jours à réaliser. Dans ma tête, il me restait trois ans à jouer au football, ensuite ça serait terminé», confie Yannick Tachet, Nyonnais de naissance bien connu sur les terrains de la région.

«J’ai dû enterrer mon rêve de devenir footballeur, et quand on a 12 ans seulement, au lieu de 18 ou 20 quand les autres arrivent à ce constat, c’est dur. Mais mon papi est venu me voir et il m’a dit que dans le foot, il n’y a pas que des joueurs! C’est peut-être cela qui m’a fait tenir debout», lâche-t-il avec un sourire espiègle. Car, à 27 ans, l’homme tient encore sur ses deux jambes.

La passion du ballon rond

Ceux qui le connaissent savent qu’en plus d’être un battant, Yannick Tachet est une personne enjouée, qui adore rigoler, qui aime se prendre au jeu, qui aime la vie, tout simplement. Depuis longtemps entraîneur de diverses équipes de juniors au Stade Nyonnais, il est même devenu entraîneur de la seconde garniture depuis un an, avec la ferveur et le succès que les initiés lui connaissent.

En plus de cette passion du ballon rond et de la transmission de son savoir aux plus jeunes générations, Yannick Tachet repousse de plus en plus les limites que sa maladie tente de lui imposer. «Je devais faire les 10 kilomètres de Lausanne l’an passé, et à la place j’ai fait une course de 13 kilomètres en France, proche d’une partie de ma famille», explique-t-il. Surpris par les dénivelés du parcours, il termine malgré tout, épuisé mais déterminé à reproduire son effort.

Une deuxième pour la route

Après avoir déjà participé l’an passé au semi-triathlon nyonnais avec des aides diverses (son frère Jimmy pour un tandem à vélo, son ami Joël pour la course à pied et son amie Virginie pour la natation), il a décidé de remettre le couvert cette année et espère même courir la distance reine. «Je ne sais pas si c’est moi qui aie donné l’idée à l’organisation de se lancer là-dedans, mais il y a cette année une catégorie pour personnes en situation de handicap au triathlon de Nyon», s’interroge-t-il.

Si je mets moins de quatre jours, ça serait idéal.

YANNICK TACHET PARTICIPANT AU TRIATHLON DE NYON

«Nous avions déjà ce projet en tête depuis plusieurs années, et avons même reçu certaines personnes en situation de handicap, physique ou mental, en adaptant nos exigences de manière inclusive, précise Yannick Grivel, président du comité d’organisation du triahtlon de Nyon. Le but de notre événement étant depuis plusieurs années que tout le monde puisse y participer.»

La distance reine dans le viseur

Et lorsqu’on demande à Yannick Tachet quelles sont ses ambitions quant à son chrono, il y va franchement, toujours dans la boutade: «Disons que si je mets moins de quatre jours, ça serait idéal.» Alors qu’il espère avoir le droit de parcourir le même tracé que les valides, toujours avec plusieurs aides (Virginie et Joël à nouveau, ainsi que son ami Bryan), il aimerait même parcourir la distance reine cette fois-ci, à condition de trouver un tandem qui lui permette de réaliser cet exploit.