Football vaudois Le Parisien de 21 ans, formé à Clairefontaine et au PSG, s’est engagé à Nyon pour le deuxième tour. Avec une envie: devenir un footballeur complet et exploser, enfin.

Tim Guillemin – 24 heures

Tiago Escorza, c’est d’abord une certaine idée de l’élégance. Un jeune homme très doué balle au pied, tête haute, buste droit, technique fine. Ses trois entrées en Super League avec Lausanne, lors de la saison 2017-18, ont fait naître quelques promesses de lendemains enchanteurs, concrétisées par un contrat pro de dix-huit mois, signé par la nouvelle direction en février 2018. Une année plus tard, le voilà pourtant deux ligues plus bas, en Promotion League avec le Stade Nyonnais, où il vient de s’engager en prêt, à quelques mois de la fin de son contrat avec le LS. Trajectoire descendante? Lui ne le voit pas comme ça. «Réussir dans le football, c’est encore possible, je le sais parfaitement», glisse-t-il avec assurance à une table du restaurant de Colovray, quelques minutes avant de filer à l’entraînement.

«Tiago, c’est un talent brut. Et c’est aussi un très bon garçon. Je veux que ces quatre mois lui permettent d’exploser et de retrouver l’élite», témoigne John Dragani, son nouvel entraîneur. Car Tiago Escorza, 21 ans, ne s’est pas imposé au Lausanne-Sport, malgré toutes ses qualités balle au pied, qui forçaient l’admiration de ses propres partenaires. «Avec Fabio Celestini, j’avais eu ma chance en Super League. Il aimait ma façon de jouer, il voyait mes qualités. Mais avec le nouvel entraîneur c’était plus compliqué…», explique franchement le jeune homme. Giorgio Contini est en mission commando avec le LS cette saison. Le beau jeu est sacrifié et les footballeurs à la technique soyeuse ne représentent pas le profil qu’il recherche en priorité. Alors, pas assez guerrier, Tiago Escorza? «Je sais où je dois progresser. Je peux améliorer mon jeu défensif», souffle-t-il, vite rejoint par John Dragani. «On peut l’aider. On doit l’aider, même», explique son entraîneur, qui veut en faire un footballeur complet le plus vite possible.

Le PSG met le paquet pour le recruter après Clairefontaine

Car le temps commence doucement à presser, même à 21 ans, même avec l’assurance d’une jeunesse qui ne demande qu’à exploser. Du talent, le Parisien en a plein les pattes. Son potentiel était tel qu’à 12 ans, il a intégré le centre de préformation de Clairefontaine, le fameux, celui d’où sont sorties tant de stars du football français. Ensuite, à 14 ans, il prend la direction Paris Saint-Germain. «En sortant de Clairefontaine, j’avais le choix. A ce moment-là, les clubs se pressent autour de vous, vous savez…» Les propositions concrètes arrivent de France, d’Espagne, d’Italie… «Je peux le dire: j’ai choisi le PSG parce qu’ils me proposaient une belle somme. Une très belle somme, même.» Une prime à la signature de six chiffres, qui a permis au jeune homme de changer la vie de sa famille. A 14 ans, donc. «Je viens de Corbeil-Essonne, dans la banlieue sud de Paris. Le foot, c’était ma vie, j’étais constamment dehors en train de jouer. Vous savez ce que c’est, le petit phénomène du coin… A 14 ans, recevoir une telle somme quand vous êtes dans le besoin, ça change tout. Après, je l’avoue, je n’ai pas fait tous les efforts. Ca peut faire rire aujourd’hui, mais dans la tête, ce n’est pas forcément simple. Je me suis relâché un peu et je l’ai payé.»

Le footballeur si doué passe quatre ans au Paris Saint-Germain, jusqu’à ses 18 ans. Quatre ans marqués par de graves blessures, qui freinent sa progression. Il côtoie des joueurs devenus professionnels. Il égrène les noms, sans vantardise. Ces gars-là étaient ses coéquipiers, rien de plus naturel. A 18 ans, le PSG ne le garde pas, comme tant d’autres. Direction le Paris FC et sa deuxième équipe, en CFA 2. «Là j’ai fait des bonnes choses, mais sans jamais intégrer la première équipe.» Un ou deux essais sans suite, à Utrecht notamment, et voilà que soudain, l’occasion se présente de partir en Suisse. «De votre pays, je ne connaissais rien. Genève vite fait. J’avais peut-être déjà entendu Zurich aussi, mais c’est tout.» C’est à Lausanne qu’il débarque, à l’été 2017.

«L’écart entre les joueurs de l’élite et moi n’est pas si grand»

«J’ai intégré les M21 et j’aimais bien. Ilija Borenovic est un super entraîneur. C’était dur au début, à cause de l’éloignement, mais je me sens bien ici maintenant.» Tout ne se passe pas comme prévu en ce qui concerne le football, malgré les trois entrées en Super League, mais Tiago Escorza, père espagnol et mère polonaise, ne veut rien lâcher. «Je sais très bien que je ne suis pas loin. Je l’ai vu lors des matches amicaux face aux équipes de Super League, ou quand je suis entré en jeu en championnat, l’écart entre les joueurs de l’élite et moi n’est pas si grand. Je peux y arriver. Je veux le prouver lors de ce deuxième tour avec Nyon, dans une équipe qui joue au ballon. Ces quatre mois sont importants pour moi.» A lui de jouer. Tête haute, balle collée au pied, technique fine, comme toujours. Mais avec un tout petit peu de détermination en plus, peut-être, pour enfin retrouver la douce sensation de voir s’afficher sur son téléphone le nom des dirigeants des autres clubs qui l’appellent.

«Le niveau technique pour jouer en Super League, il l’a», explique l’un de ses anciens entraîneurs. Mais après, il y a la tête, les attitudes, le quotidien aussi. C’est à lui de montrer qu’il est prêt à y arriver. La vérité, elle est uniquement sur le terrain». Pour exploiter à fond un potentiel qui ne demande que ça. Premier élément de réponse, samedi face à Köniz, dès 15h à Colovray.

«Pablo Iglesias: On va continuer à le suivre de près»

«Léonard Thurre sera présent à ce match», confie Pablo Iglesias. Le directeur sportif du LS ne veut pas lâcher Tiago Escorza, même si le jeune talent sera en fin de contrat en juin. «Lausanne a une option prioritaire sur lui, on va continuer à le suivre de près. Je vais moi aussi agender une rencontre du Stade Nyonnais pour le voir personnellement. C’était compliqué pour lui d’avoir du temps de jeu chez nous ce printemps, mais c’est un joueur de talent que l’on va suivre.»