Le président du Stade Nyonnais est le fameux «investisseur-mystère» qui va venir aider le FC Stade-Lausanne-Ouchy à aller de l’avant. Il s’en explique.

par Tim Guillemin – 24 heures

«Ce n’est pas un schéma classique, je le sais bien… », sourit Vartan Sirmakes en nous recevant dans son bureau, au sein des splendides locaux de sa société, Franck Muller, à Genthod, tout près de Genève. Le président du Stade Nyonnais a en effet décidé de s’impliquer personnellement pour sauver le FC Stade-Lausanne-Ouchy, rival de son club pour la promotion en Challenge League!

A la trêve, le SLO est en effet leader de Promotion League avec onze points d’avance sur Nyon et Yverdon, mais des incertitudes en coulisses ont conduit au départ de son président Resul Sahingöz, évincé lundi soir par le comité du club lausannois. «J’ai été mis au courant de la situation et j’ai rencontré le comité de Stade-Lausanne-Ouchy. J’ai été conquis par leur sincérité et leur volonté profonde de voir leur club s’en sortir. Alors, j’ai décidé de les aider. J’ai tenté de faire le lien avec des investisseurs, comme INEOS, mais ils ne se sont pas montrés intéressés pour l’instant. Alors, je vais m’impliquer personnellement», explique Vartan Sirmakes, président du Stade Nyonnais depuis 2015, et membre régulier du club des «300 les plus riches de Suisse», publié chaque année par le magazine Bilan.

«Je suis et je reste président à Nyon»

Ce soutien financier et opérationnel ne signifie cependant pas que l’entrepreneur va laisser tomber le Stade Nyonnais. «Pas du tout, non. Je suis et je reste président à Nyon, rien ne va changer. Les ambitions sont les mêmes», assure-t-il. Plutôt que de «profiter» de la situation pour couler un concurrent direct en ne faisant rien, Vartan Sirmakes préfère prendre de la hauteur. «Déjà, je pense aux joueurs et au staff. On ne peut pas laisser pourrir cette situation sans rien faire. Ils ont mérité leurs onze points d’avance. Et je pense aussi à l’institution Stade-Lausanne, à ces 600 juniors environ. Le désormais ex-président n’a pas tout fait faux, loin de là. Il a contribué à créer un lien fort à l’interne dans le club et j’y suis sensible. Et je tiens aussi à saluer l’excellent travail réalisé par Andrea Binotto. On sent que les joueurs sont derrière lui et qu’il les tient.»

Concrètement, Vartan Sirmakes ne va pas devenir président ou membre du comité du SLO. «Pas du tout. Je suis et je reste à Nyon. La question du président n’est pas centrale, mais ce qui est sûr, c’est que je vais placer des hommes de confiance , qui assureront la liaison. On doit penser plus haut, pas juste chacun devant sa porte. Servette et Lausanne vont remonter en Super League très bientôt, leurs projets respectifs sont solides. Derrière, il faut un club dans la région lémanique en Challenge League. Ce peut être Nyon, ce peut être Stade-Lausanne-Ouchy. C’est le terrain qui va décider.»

Dans un premier temps, Vartan Sirmakes va rassurer les joueurs et le staff du SLO, mais ceux-ci vont devoir faire des efforts. «La masse salariale de l’effectif et des entraîneurs est raisonnable. Elle est moins grande que celle de Nyon, par exemple», sourit l’homme d’affaires. Mais chacun va devoir faire des efforts. «Oui, c’est juste. Les joueurs et le staff du SLO vont devoir faire un geste en renonçant à 20% ou 30% de leur salaire. Je ne suis pas un mécène qui vient faire un don. Je suis là pour m’impliquer dans la vie du SLO et assurer sa pérennité. Les joueurs doivent faire un pas dans le sens du club. Et nous allons chercher de l’argent par plusieurs moyens. Une opération de crowdfunding va être lancée. Le SLO est dans une situation d’où il doit se sortir en impliquant sa communauté, les gens qui le soutiennent. 600 juniors, ce sont 600 parents, qui peuvent participer à cette opération. Et je vais aussi actionner mon réseau national et international», continue Vartan Sirmakes.

Les deux clubs vont demander la licence pour la Challenge League

Ne craint-il pas que cette «opération sauvetage» soit mal perçue du côté de Nyon, par les supporters et les joueurs? «Je ne sais pas. Je pense plutôt que les gens vont comprendre que mon action est en faveur du football, pour ne pas laisser pourrir une situation compliquée. Sportivement, ça ne va rien changer. Les deux équipes doivent se battre pour monter. Nous allons d’ailleurs effectuer les deux demandes de licence. Une pour Stade-Lausanne et une pour Nyon. Et à la fin, celui qui sera le mieux classé montera. C’est sur le terrain que ça va se jouer, avec un autre adversaire sportif, Yverdon Sport.»

Pas un schéma classique, donc, et une sacrée surprise. Trois jours après le départ forcé de Resul Sahingöz, le FC Stade-Lausanne-Ouchy a donc de vraies raisons objectives d’être rassuré, tant la fiabilité et la solidité financière de Vartan Sirmakes sont connues et reconnues. «Maintenant, on va voir comment tout le monde va réagir à cette annonce et on va aller de l’avant», assure calmement l’entrepreneur de 63 ans.