Le Stade Nyonnais a changé de politique durant l’été, et les résultats sont au rendez-vous. Pour le plus grand bonheur de son directeur général.

par Florian Vaney – 24 heures

Quatorze. C’est le nombre de joueurs dont s’est séparé le Stade Nyonnais durant l’intersaison. Après l’échec de la saison dernière (une 6e place finale, à 26 points du leader Stade-Lausanne-Ouchy), le club a choisi de changer de cap et n’a pas agi dans la demi-mesure. Les noms reluisants que sont Marco Delley, Karim Chentouf ou Fabrizio Zembrella, par exemple, s’en sont presque tous allés. Leurs remplaçants? Pour la plupart, des jeunes, de moins de 21 ans, souvent passés par les juniors du club de Colovray. Ils se nomment Pablo Londono, Fitim Rugovaj ou Idriz Bega, et ils représentent l’avenir du club, puisque celui-ci a choisi de leur faire confiance. Les résultats et, surtout, le spectacle proposé donnent pour l’instant raison aux dirigeants stadistes, puisque les Nyonnais trônent fièrement à la 3e place de Promotion League. Retour sur trois derniers mois particuliers avec le directeur général, Varujan Symonov.

Varujan Symonov, pouvez-vous détailler ce qu’il s’est passé durant l’été au Stade Nyonnais? 
Deux phénomènes ont convergé. D’une part, énormément de joueurs arrivaient en fin de contrat au 30 juin. De l’autre, il y avait ces jeunes qui poussaient. Certains, comme Ridvan Hysenaj et Idriz Bega, avaient même déjà commencé à intégrer la première équipe. Leur potentiel était indéniable. Alors on s’est dit: «Ok, donnons-leur leur chance. On part avec les jeunes!»

Cela signifiait renoncer à une partie de vos ambitions, non? 
Sur le court terme, peut-être. On n’a pas la prétention de rivaliser avec Yverdon Sport, qui est largement au-dessus du lot cette saison. Mais sur le moyen/long terme, on ne s’interdit rien. Viser la promotion, ce n’est pas à l’ordre du jour. Mais si l’équipe y parvient ces prochaines années, j’en serais ravi.

Vous y croyez vraiment? 
Pourquoi pas? Vous avez jeté un œil au contingent du FC Wil? Il n’y a que des gamins. Et avec ces gamins, l’équipe pointe au 3e rang de Challenge League. À mes yeux, les Saint-Gallois sont un exemple à suivre. Maintenant, la Swiss Football League n’offre que peu de places aux formations qui s’appuient vraiment des jeunes. Et ça, c’est un problème.

Comment ça? 
Il y a quoi, 500 postes de joueurs à pourvoir en ligue nationale? Un tiers est occupé par des recrues étrangères, un autre par des éléments suisses confirmés. Ça ne laisse plus beaucoup de places pour les jeunes… Mais si une réforme pour augmenter le nombre de clubs venait à passer, on aurait assurément notre place plus haut.

Revenons-en à votre équipe. C’est assez fou ce qu’elle est en train d’accomplir, non? 
On en a été les premiers surpris! Déjà, il faut se rendre compte de la chance qu’on a de pouvoir compter sur Ricardo Dionisio en tant qu’entraîneur. Il réalise un travail formidable.

Il est professionnel, c’est juste? Oui, mais il faut voir les journées qu’il fait. Il arrive au terrain dans la matinée, repart tard le soir. C’est un vrai bosseur. Lorsqu’on l’a embauché, il faut reconnaître que c’était un pari. Mais il avait déjà convaincu il y a deux ans, lorsqu’il était dans le staff d’Oscar Londono. Et puis, il a quand même travaillé dans tous les grands clubs portugais. Ce n’était pas des expériences comme entraîneur principal, mais quand même. Pour encadrer et faire progresser des jeunes, Ricardo, c’est le top!

Ces jeunes, justement, parlons-en. 
Leur investissement fait plaisir à voir. En plus des quatre entraînements hebdomadaires sur le terrain, deux ont lieu en salle de musculation durant la matinée. Et, malgré leurs activités et leur emploi du temps chargé, les deux tiers de l’effectif, en moyenne, parviennent à se libérer pour être là. Il faut bien s’en rendre compte: sur 25 joueurs, dix-sept ont moins de 21 ans, et la moitié provient directement de la formation du club.

D’où, peut-être, l’inexpérience qui a conduit à cette défaite contre Münsingen il y a dix jours? 
Oui, on peut en partie expliquer cette contre-performance ainsi, même si j’ai de la peine à identifier ce qui n’a pas fonctionné ce jour-là.

Reste que, une semaine plus tard à Bavois, l’équipe a montré beaucoup de caractère. Une qualité de plus… 
Revenir deux fois au score, après avoir encaissé l’ouverture du score dès la 2e minute, c’est la preuve qu’il se passe quelque chose dans ce groupe.

Cela signifie que vous voulez davantage que cette 3e place? 
Ah non, on est très contents avec ça. S’il faut parler d’objectif comptable, terminer dans les cinq ou six premiers serait une belle récompense pour le travail fourni par toutes l’équipe, staff compris. Mais se laisser aller à l’euphorie serait la pire des erreurs. Pour l’instant, on récolte les fruits de notre travail, il faut continuer sur cette voie.

On a parlé des jeunes, mais ils sont plutôt bien épaulés, non? 
C’est primordial. On est vraiment satisfaits des performances de notre charnière centrale Rayan Kadima – Anthony Baron, surtout qu’ils ne se connaissaient pas avant cette saison. D’ailleurs, Anthony ne sera pas là pour la venue de Brühl samedi, puisqu’il a été appelé en équipe nationale de Guadeloupe. Il va nous manquer. Dalibor Stevanovic joue également un rôle essentiel au milieu. Quelque part, c’est la tête pensante de l’équipe.

Vous avez aussi changé de cibles pendant le recrutement. Désormais, vous n’avez plus peur d’aller voir ce qu’il se fait plus bas. 
Pour vous dire, j’ai déjà assisté à quatre rencontres de 1re ligue cette saison. Le niveau de la formation en Suisse romande est vraiment élevé, ce serait bête de s’en priver. Mergim Qarri (ndlr: ex-Lancy) n’est plus si jeune que ça, il a 24 ans, mais il nous fait beaucoup de bien. Son but contre Bavois, quel régal! Il y a aussi Matheus Vieira. Il a déjà marqué quatre fois, alors que la saison dernière, il était remplaçant à Chênois…

Plus récemment, Adler Da Silva et Fabio Gomes se sont engagés chez vous. 
C’est la preuve que les jeunes croient en notre projet. Beaucoup de gens nous ont ri au nez lorsqu’on a annoncé qu’on allait rajeunir l’équipe, pensant qu’on disait ça pour se créer une bonne image. On a tenu parole, les choses tournent plutôt bien et on en est récompensés par l’engagement d’un gars comme Fabio, qui débarque du FC Chiasso et qui était sélectionné par l’équipe nationale M20 pas plus tard qu’au mois de juin.

Votre président, Vartan Sirmakes, est également celui de Stade-Lausanne. Comment se positionne le Stade Nyonnais dans cette histoire? 
On reste complètement indépendants. Il ne faut pas nous voir comme la réserve du SLO. Oui, des joueurs importants comme Karim Chentouf ou Marco Delley nous ont quittés pour rejoindre Vidy, mais on n’allait pas empêcher deux joueurs qui ont le potentiel d’évoluer en Challenge League de tenter leur chance. Il y a eu deux trajets dans ce sens, certes, mais aucun dans le sens inverse.

Des synergies entre les deux clubs pourraient-elles tout de même voir le jour dans le futur? 
C’est tout à fait envisageable, bien sûr. On serait même intelligents de le faire. De notre côté, si un jeune explose et atteint le niveau pour évoluer en Challenge League, ce qui va forcément arriver, on n’aurait aucune raison de le retenir.

source: 24 heures